Urgences de Martigny : la physiothérapie en pratique avancée fait son entrée

03.11.2026
Physiothérapie en pratique avancée

Une cheville douloureuse, un genou blessé ou un dos soudainement bloqué : faut-il forcément attendre plusieurs heures aux urgences avant d’être pris en charge ? En Valais, un projet explore une autre voie. Son objectif : intégrer progressivement un physiothérapeute en pratique avancée aux urgences du CHVR à Martigny. Une nouvelle organisation imaginée par la HES-SO Valais-Wallis et l’Hôpital du Valais pour mieux mobiliser les compétences disponibles au bénéfice des patients.

La pratique avancée en physiothérapie, qu’en est-il concrètement ?

Pour mieux comprendre cette évolution, nous avons échangé avec Simone Gafner, physiothérapeute et professeure associée à la HES-SO Valais-Wallis. Après une dizaine d’années de pratique clinique, elle s’est tournée vers l’enseignement et la recherche, avec un intérêt particulier pour le développement de la profession et les nouvelles formes de collaboration entre professionnels de santé. C’est dans ce cadre qu’elle s’intéresse à la pratique avancée en physiothérapie et à son intégration dans de nouveaux modèles de soins.

Cette pratique permet à des physiothérapeutes expérimentés, ayant acquis des compétences supplémentaires, d’assumer davantage de responsabilités cliniques. Dans le modèle étudié à Martigny, l’ambition à terme est de réaliser une évaluation clinique approfondie, de prescrire certains examens complémentaires s’ils sont jugés nécessaires, d’établir un diagnostic clinique et de décider de la suite de la prise en charge.

Une autonomie accrue qui repose avant tout sur la complémentarité. Médecins, infirmiers et physiothérapeutes conservent chacun leur expertise et un rôle essentiel. Comme le souligne Simone Gafner, l’enjeu n’est pas qu’« une profession prenne les tâches de l’autre », mais que chaque patient puisse bénéficier de la bonne expertise, au bon moment.

Mieux répondre aux besoins des patients aux urgences

Face notamment au manque de médecins généralistes, davantage de patients se tournent vers les urgences pour des troubles musculo-squelettiques très douloureux, mais qui ne relèvent pas nécessairement d’une consultation urgente.

Prenons l’exemple donné par Simone Gafner : une personne se bloque le dos après un faux-mouvement à la maison. La douleur est intense et inquiétante. Le rôle des urgences consiste alors à confirmer le diagnostic, ainsi qu’à identifier ou écarter la présence de critères de gravité.

Une fois ce risque écarté, l’accompagnement reste déterminant. Informer, rassurer et conseiller le patient dès les premiers jours peut favoriser son rétablissement et limiter le risque de persistance des douleurs, de limitations fonctionnelles ou d’arrêts de travail prolongés.

C’est là que la pratique avancée en physiothérapie peut compléter la prise en charge : évaluation clinique, explications, exercices et conseils adaptés. L’objectif est aussi de permettre aux médecins et aux équipes soignantes de consacrer davantage de temps aux situations médicales plus complexes ou urgentes.

HES-SO Valais-Wallis, Hôpital du Valais, FNS : un projet construit collectivement

Initié par la Direction médico-thérapeutique, ce projet rassemble la Haute École de Santé de la HES-SO Valais-Wallis, le service de physiothérapie de l’Hôpital du Valais ainsi que les médecins et les équipes soignantes des urgences du CHVR à Martigny.

Lancé en 2023, il a franchi une étape importante en 2024 avec l’obtention d’un Practice-to-Science Grant du Fonds national suisse (FNS). Aujourd’hui, les physiothérapeutes interviennent aux urgences aux côtés des médecins assistants.

La prochaine étape ? Faire progressivement évoluer leur autonomie pour certains cas spécifiques, en concertation avec les équipes médicales et infirmières. À terme, certains patients répondant à des critères précis pourraient ainsi être directement orientés vers un physiothérapeute en pratique avancée après le triage infirmier.

Pourquoi expérimenter ce modèle en Valais ?

Le contexte valaisan est particulièrement intéressant. À la géographie alpine s’ajoute une forte saisonnalité : ski en hiver, randonnée, VTT ou parapente en été rythment notamment l’activité des urgences.

Le projet bénéficie aussi d’un environnement favorable à l’innovation et d’un cadre cantonal permettant le développement de rôles de pratique avancée sous délégation.

Des modèles similaires existent depuis plusieurs décennies dans certains pays anglo-saxons. Mais peuvent-ils être transposés au système de santé suisse ? C’est tout l’intérêt de cette recherche : tester et adapter le modèle avec les professionnels du terrain.

Une démarche qui incarne la vision de SMART Confluence : faire du Valais un terrain de collaboration où recherche, institutions et professionnels unissent leurs expertises pour imaginer la santé de demain.

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