Face à la montée inquiétante de la résistance aux antibiotiques, une collaboration entre la HES-SO Valais-Wallis, la Haute école d’ingénierie et d’architecture de Fribourg (HEIA-FR) et le CHUV ouvre de nouvelles perspectives thérapeutiques. Leur objectif : transformer les bactériophages, des virus capables de cibler et détruire certaines bactéries, en véritables médicaments.
Cette approche, appelée phagothérapie, suscite un intérêt croissant à travers le monde. En Suisse, plusieurs équipes de recherche travaillent aujourd’hui à faire passer cette thérapie prometteuse du laboratoire au chevet des patients.
Construire la qualité dès le départ
Au sein du Biofactory Competence Center de l’HEIA-FR, la Professeure Carmen Jungo et Samuel Garcia développent des méthodes de production répondant aux standards pharmaceutiques les plus exigeants.
Leur approche repose sur le principe du Quality by Design, qui consiste à intégrer la qualité dès les premières étapes du développement. L’objectif est de garantir des phages sûrs, efficaces et reproductibles, conformément aux exigences des autorités réglementaires internationales.
L’une des avancées majeures du projet concerne la lyophilisation. Cette technologie permet de conserver les phages sous forme sèche à température ambiante, simplifiant leur stockage et leur utilisation dans les hôpitaux.
Un contrôle génétique rigoureux
À la HES-SO Valais-Wallis, le Professeur Wolfram Brück et son équipe assurent la caractérisation génétique des phages.
Chaque candidat thérapeutique fait l’objet d’un séquençage complet de son ADN afin de vérifier l’absence de gènes indésirables, comme ceux liés à des toxines ou à la résistance aux antibiotiques. Cette analyse approfondie agit comme un véritable « passeport génétique », garantissant la sécurité des traitements avant leur administration aux patients.
« Utiliser le bon phage est essentiel. Sans cette précision, la thérapie ne peut pas fonctionner », souligne Wolfram Brück.
Une première mondiale portée par le CHUV
L’un des éléments les plus remarquables de cette initiative est l’autorisation obtenue par le CHUV auprès de Swissmedic pour fabriquer des phages destinés à un usage humain selon les normes GMP (Good Manufacturing Practices).
Pour le Dr Grégory Resch, responsable des aspects cliniques et réglementaires du programme, cette reconnaissance place la Suisse parmi les pionniers mondiaux de la phagothérapie.
« Nous sommes la seule institution académique au monde autorisée par Swissmedic à produire des phages à usage humain dans des conditions GMP », explique-t-il.
Aujourd’hui, le programme se concentre notamment sur les patients atteints de mucoviscidose souffrant d’infections pulmonaires résistantes aux antibiotiques. Administrés par inhalation, les phages offrent une nouvelle option thérapeutique lorsque les traitements conventionnels atteignent leurs limites.
La prochaine étape : démontrer l’efficacité clinique
Si les résultats obtenus sont prometteurs, les chercheurs restent conscients des défis à relever. La priorité est désormais de confirmer l’efficacité de la phagothérapie à travers des essais cliniques rigoureux.
Cette ambition repose sur une collaboration étroite entre les différents partenaires. Production pharmaceutique, contrôle génomique, conformité réglementaire et expertise clinique sont réunis au sein d’un même écosystème d’innovation.
En associant les compétences de la HES-SO Valais-Wallis, de l’HEIA-FR et du CHUV, la Suisse contribue à construire les bases scientifiques et industrielles d’une nouvelle génération de traitements contre les infections bactériennes résistantes.
À l’heure où l’antibiorésistance représente l’un des plus grands défis de santé publique, la phagothérapie pourrait bien redonner de l’espoir à des patients pour lesquels les solutions thérapeutiques se font rares.
Source: HES-SO Valais-Wallis