Des virus émergents aux troubles cognitifs : deux projets romands qui ouvrent de nouvelles perspectives en santé

23.06.2026
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Quand chercheurs, cliniciens et experts des technologies de pointe unissent leurs compétences, l’innovation en santé franchit de nouvelles étapes. En Suisse romande, deux projets récemment distingués par les Prix scientifiques Leenaards 2026 explorent des pistes prometteuses pour mieux combattre l’hépatite E et restaurer certaines fonctions cognitives. Illustration concrète de la force des collaborations qui façonnent la médecine de demain.

Quand la recherche collaborative accélère l’innovation médicale

Comment mieux lutter contre les maladies infectieuses émergentes ? Peut-on restaurer certaines fonctions cognitives sans intervention chirurgicale ? Ces questions sont au cœur de deux projets de recherche menés en Suisse romande qui ont récemment bénéficié du soutien des Prix scientifiques Leenaards 2026.

Au-delà de la distinction obtenue, ces initiatives illustrent la capacité des institutions académiques, hospitalières et technologiques de l’arc lémanique à unir leurs expertises pour transformer des découvertes scientifiques en solutions concrètes pour les patients.

Entre Genève, Lausanne et l’EPFL, chercheurs, cliniciens et spécialistes des technologies médicales collaborent pour répondre à des défis de santé majeurs, qu’il s’agisse de maladies infectieuses touchant des millions de personnes dans le monde ou des séquelles neurologiques qui affectent durablement la qualité de vie.

Une nouvelle approche pour mieux comprendre et combattre l’hépatite E

Premier projet mis en lumière : la lutte contre l’hépatite E de génotype 1, responsable d’importantes épidémies dans plusieurs régions d’Afrique et d’Asie.

Cette recherche est portée par la Professeure Isabella Eckerle, directrice du Centre des maladies virales émergentes des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et professeure à l’Université de Genève (UNIGE). Elle s’appuie sur une collaboration étroite avec le Professeur Jérôme Gouttenoire, du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et de l’Université de Lausanne (UNIL), ainsi qu’avec le Dr Andrew Azman, épidémiologiste aux HUG.

L’enjeu est de taille. Chaque année, plus de 20 millions de personnes sont infectées par le virus de l’hépatite E, provoquant des dizaines de milliers de décès à travers le monde.

Grâce à des échantillons collectés lors d’une épidémie au Soudan du Sud en partenariat avec Médecins Sans Frontières, les chercheurs ont franchi une étape déterminante : la reconstitution en laboratoire d’une version infectieuse du virus HEV-1.

Cette avancée offre désormais une plateforme unique pour étudier les mécanismes d’infection, mieux comprendre la réponse immunitaire et accélérer le développement de traitements antiviraux ciblés.

À terme, ces travaux pourraient renforcer les capacités de réponse face à de futures épidémies et contribuer à réduire l’impact mondial de cette maladie encore largement méconnue.

Stimuler le cerveau sans chirurgie pour restaurer les fonctions cognitives

Le second projet explore une approche particulièrement prometteuse dans le domaine des neurosciences.

Dirigée par Elena Beanato, docteure en neurosciences translationnelles et cheffe de projet à la Consultation de santé cérébrale et mentale des HUG, l’étude vise à développer une technique de stimulation cérébrale non invasive capable d’améliorer les capacités d’orientation spatiale chez des personnes souffrant de troubles neurologiques.

Pour mener cette recherche, elle collabore avec le Professeur Friedhelm Hummel, directeur du Hummel Lab à l’EPFL, ainsi qu’avec le Professeur Pierre Mégevand, neurologue aux HUG et chercheur à l’Université de Genève.

La technologie étudiée repose sur la stimulation transcrânienne à interférence temporelle. Son principe consiste à utiliser des courants électriques de haute fréquence appliqués à la surface du crâne afin de cibler des structures cérébrales profondes, notamment l’hippocampe, une région essentielle à la mémoire et à l’orientation.

Contrairement aux méthodes de stimulation cérébrale profonde actuellement utilisées dans certaines pathologies neurologiques, cette approche ne nécessite aucune implantation chirurgicale.

Les chercheurs évalueront d’abord la technologie chez des patients atteints d’épilepsie bénéficiant déjà d’un suivi spécialisé. Ils analyseront ensuite son potentiel chez des personnes ayant subi un traumatisme crânien, notamment à travers des protocoles intégrant des environnements immersifs en réalité virtuelle.

Si les résultats sont concluants, cette technologie pourrait ouvrir la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques pour les patients présentant des déficits cognitifs, mais également pour certaines maladies neurodégénératives.

L’innovation naît à l’intersection des expertises

Ces deux projets illustrent une évolution majeure de la recherche en santé : les avancées les plus prometteuses émergent aujourd’hui à la croisée des disciplines.

Virologie, épidémiologie, neurologie, ingénierie biomédicale, technologies immersives ou encore santé publique : chaque expertise contribue à construire des solutions plus efficaces et plus rapidement transférables vers la pratique clinique.

Cette dynamique collaborative constitue l’un des moteurs essentiels de l’innovation en santé. Elle permet non seulement de faire progresser les connaissances scientifiques, mais aussi d’accélérer l’émergence de nouvelles approches diagnostiques et thérapeutiques au bénéfice des patients.

À travers ces initiatives, les acteurs de l’écosystème lémanique démontrent une nouvelle fois la capacité de la Suisse romande à faire converger recherche, médecine et technologie pour répondre aux grands défis sanitaires de demain.

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