Faire bouger les gens ne dépend pas seulement de leur motivation personnelle. L’aménagement des espaces publics joue un rôle déterminant dans l’adoption d’un mode de vie actif. Philippe Furrer, co-fondateur et directeur de bloomUp, défend cette approche du « design actif » qui transforme la ville en terrain de jeu et d’activité physique. « Il faut toucher à l’affectif et à l’émotion, quelles que soient les technologies utilisées », affirme-t-il. Pour lui, cette interaction affective est la clé d’une réappropriation réussie de nos espaces urbains.
Le design actif n’est pas une invention récente. « Les parcours Vita existent depuis 1968. C’est une formidable invention suisse qui se fait aussi en ville », rappelle Philippe Furrer. Mais l’approche s’enrichit aujourd’hui d’inspirations venues du nord de l’Europe, notamment du Danemark, avec des éléments originaux comme des parcs urbains aménagés sur des toits de parking. L’objectif : aller au-delà des normes pour repenser les « tiers-lieux », les équiper et les animer.

Le designer industriel cherche avant tout à créer du lien et mélanger les populations. Comment ? En inventant par exemple le « tobobanc » : un banc combiné à un toboggan. L’idée peut paraître simple, mais elle incarne parfaitement cette philosophie. « Il ne faut pas segmenter les populations, mais plutôt créer du lien entre les générations. Les seniors doivent pouvoir bouger avec des enfants ».
La technologie au service du lien social
Si la technologie est présente – casiers connectés, compteurs de squats par exemple – elle doit rester à sa place. « La technologie doit être à notre service et il faut garder le lien social », insiste Philippe Furrer. Cette vision rejoint d’ailleurs celle du Corbusier, qui disait déjà qu’il fallait des zones vertes dans tous les quartiers d’habitations pour stimuler l’activité physique.
À Carouge, une expérimentation a démontré l’importance d’une réflexion interdisciplinaire. Donner aux gens l’envie de se réapproprier les espaces, tel était l’objectif. Des équipements mobiles pour bouger ont été installés, ainsi qu’un pump track et une zone de skate. « Dans la consultation, il ne faut pas oublier d’intégrer les jeunes. C’est essentiel de les intégrer, de les écouter et de les inclure dans le design », souligne le directeur de bloomUp.

Les préaux scolaires, par exemple, « sont souvent des déserts urbains ». Il faut y penser différemment, en y intégrant des équipements pour le développement moteur chez les jeunes. Des bancs actifs ont également fait leur apparition, permettant de faire du renforcement musculaire avec un lien social au cœur de la ville. Car l’enjeu dépasse la simple installation d’équipements sportifs.
Une méthode en quatre temps
« Il ne suffit pas de poser des équipements, mais il est aussi important d’animer le tout », explique Philippe Furrer. Derrière chaque projet se cache une méthode structurée : d’abord envisager les contraintes et les équipements du lieu, ensuite identifier les ambassadeurs et les freins qui retiennent les gens, puis programmer et animer les espaces.
SPARK Vaud, un laboratoire grandeur nature
Cette méthode se concrétise dans SPARK Vaud, un projet d’activité physique régulière et ludique visant à réoccuper des espaces publics, ses équipements et ses animations. Lancé à Renens, Yverdon et dans la Vallée de Joux, SPARK fonctionne comme un laboratoire sportif pour tester de nouveaux types d’activité physique.


SPARK Vaud exemples de déploiement à Renens (extérieur) et à Lausanne (boxe) / Photos @spark/wabs/CaféineMedia
Tous les jours, des activités gratuites et animées sont proposées. Le matériel reste disponible le reste du temps. « Le projet ne se limite pas au sport : des efforts sont également menés sur l’alimentation, avec des ateliers cuisine ». Même les classes de sport peuvent être délocalisées. On y trouve même des murs digitaux, qui permettent par exemple d’étudier la géographie en lançant des ballons.
Des signaux inquiétants chez les jeunes
L’urgence d’agir est réelle. « La sédentarité et la solitude croissante chez les jeunes, ainsi que le désengagement, sont des signaux inquiétants », alerte Philippe Furrer.
Près de 40 % des jeunes ne sont pas en lien avec des clubs sportifs, et la moitié se sentent seuls. « Pourtant, plus les gens bougent, moins ils se sentent seuls. Il y a donc vraiment quelque chose à faire », conclut Philippe Furrer.
Propos recueillis le 4 décembre 2025 lors de la conférence annuelle Digital Health Connect
Découvrez le parcours actif de Digital Health Connect !
Lors de la 13e édition de la conférence annuelle, Digital Health Connect, un parcours actif éphémère invitait les participants à bouger de leur arrivée à la Clinique romande de réadaptation jusqu’à la salle de conférence.
A travers quelques actions simples, les participants de cette édition de la conférence ont eu l’occasion d’expérimenter comment l’aménagement des trajets du quotidien peut encourager l’activité physique.













