Le mouvement est devenu un véritable soin dans les établissements hospitaliers, avec des programmes innovants qui intègrent l’activité physique au cœur de la prise en charge des patients. Lors de la table ronde « Soigner par le mouvement » organisée dans le cadre de Digital Health Connect, quatre experts ont partagé leurs expériences et souligné les défis à relever pour généraliser cette approche thérapeutique encore trop peu développée en Suisse.
La table ronde réunissait Thibault Devaud de l’Hôpital fribourgeois, Lionel Constantin d’Unisanté, Guillaume Millet, professeur à l’Université de Saint-Étienne, et Cyrille Burrus de la Clinique Romande de Réadaptation (CRR) de Sion.
Des projets innovants dans les hôpitaux
À l’Hôpital fribourgeois, le mouvement est placé au centre des soins. « J’accompagne la prise en charge des patients à travers le mouvement. Le mouvement, c’est maintenant un soin », explique Thibault Devaud. Lorsqu’un patient reste 23 heures par jour alité, le rôle des soignants est de pallier ces problèmes d’inactivité.

Parmi les initiatives développées, l’hôpital de Fribourg a mis en place un projet d’Hôpital sans pyjama, avec notamment un escape game pour motiver les patients. Thibault Devaud essaie également, avec ses patients, d’utiliser les gestes de la vie quotidienne comme base, comme se doucher ou s’habiller, pour réintégrer le mouvement naturellement. « Beaucoup de projets existent dans les hôpitaux, mais ce n’est pas assez. Les initiatives en lien avec le mouvement sont beaucoup plus développées dans les hôpitaux des pays voisins. »
Pas à pas : un accompagnement sur mesure
Du côté d’Unisanté, le programme Pas à pas + propose un accompagnement pour les patients qui doivent reprendre une activité physique. « Le but est de diminuer le temps sédentaire des patients et de remettre en mouvement ceux qui en ont besoin », explique Lionel Constantin.
Des spécialistes sont disponibles dans le canton de Vaud pour une prise en charge de trois à six mois, avec pour objectif de retrouver du plaisir à bouger.

Le programme adopte une approche globale, incluant des mesures structurelles, des formations et des discussions avec les médecins pour qu’ils abordent l’activité physique avec leurs patients.
Les résultats sont encourageants : 2’400 patients ont été adressés par 720 professionnels jusqu’ici. Au final, les participants pratiquent plus de trois heures d’activité physique par semaine et réduisent leur temps sédentaire de 1h50 par jour.
Des capacités à améliorer à tout âge
Cyrille Burrus, de la CRR de Sion, rappelle de son côté que le niveau de performance diminue avec l’âge. Mais le challenge consiste à améliorer les capacités physiques pour atteindre les objectifs fixés.
« En pratique, il y a un niveau de preuve du bienfait de l’activité physique. Mais nous observons des freins tous les jours. Tout le monde n’a pas les mêmes capacités à se lancer dans l’activité physique », explique-t-il.

L’idée est de trouver comment dépister les personnes à risque. « Il faut lutter contre de fausses idées, mettre en place de bonnes pratiques et améliorer la communication entre les professionnels de santé », ajoute Cyrille Burrus.
L’activité physique, une thérapie comme les autres ?
L’activité physique est-elle considérée comme une activité thérapeutique, avec un protocole défini ? «Cela dépend du contexte. Tout le monde la promeut et on sait que cela marche pour la douleur et les capacités physiques », répond Cyrille Burrus.
Des programmes peuvent être mis en place, mais leur mise en œuvre varie selon le contexte et le mode d’hospitalisation. « En ambulatoire, c’est plus difficile à mettre en place. »

Thibault Devaud confirme : « Cela dépend où on se situe et ce que l’on peut dégager comme énergie. » À l’Hôpital fribourgeois, une flash mob est organisée à 15h00 chaque jour avec de la musique pour faire bouger les patients alités. Des programmes existent aussi pour les patients en oncologie, avant chirurgie ou en ambulatoire. « C’est faisable partout d’avoir de l’activité adaptée. »
Le rôle crucial des médecins
Pour sa part, Guillaume Millet pointe du doigt la formation médicale. « Les cursus de médecins ne comptent que très peu de formations sur l’activité physique. Il y a aussi une sorte de dédain chez les médecins. Comme si c’était trop simple de prescrire de l’activité physique à un patient ».

Thibault Devaud souligne, pour conclure, qu’il est important « de faire des projets pour le corps médical aussi, pour qu’ils soient à l’aise avec l’approche du mouvement. »
Propos recueillis le 4 décembre 2025 lors de Digital Health Connect