Le dossier électronique du patient : où en est le Valais ?

Article SSP - DEP

Chaque mois, nous partons à la rencontre d’acteurs de l’écosystème de la santé valaisan. Aujourd’hui, nous sommes allés interviewer Cédric Michelet, responsable eHealth au sein du Service de la santé publique (SSP) du canton du Valais, pour faire le point sur la mise à disposition du dossier électronique du patient (DEP) en Valais et sur les projets de digitalisation de la santé qui occupent le SSP.

Le dossier électronique du patient se trouve au cœur de l’actualité des derniers mois. En effet, de nombreuses interrogations demeurent au sujet de son adoption en Suisse. Les données contenues dans ce dossier sont extrêmement sensibles, alors comment faire confiance aux solutions numériques ? Cédric Michelet nous apporte son éclairage sur la situation en Valais et nous dévoile les différents projets de digitalisation de la santé qui occupent le Service de la santé publique.

Pourriez-vous vous présenter brièvement et nous décrire votre rôle au sein du Service de la santé publique ?

Après avoir passé 9 ans au sein de l’Hôpital du Valais à mettre en place divers projets, tant dans le cadre de l’institution qu’au niveau du canton, notamment en lien avec l’échange d’informations médicales entre les acteurs de santé, cela fait deux ans et demi que j’occupe le poste de responsable cybersanté auprès du Service de la santé publique.

Bien que la cybersanté regroupe un large éventail de technologies et de domaines, mon rôle premier est la mise en place du DEP dans notre canton et la coordination de ces actions au sein de l’association intercantonale CARA que nous avons fondée à 5 cantons (Fribourg, Genève, Jura, Vaud et Valais) en 2018.

Ma fonction couvre la coordination intercantonale, celle des différents acteurs locaux concernés par le DEP (hôpital, cliniques, pharmacies, EMS, CMS, patients…) et la mise en place concrète et le suivi technique des solutions.

Le déploiement du DEP en Suisse romande a connu quelques soucis techniques au démarrage, notamment dans l’accès à la plateforme par les utilisateurs. Pourriez-vous nous en dire quelques mots ?

Le DEP était initialement prévu en Suisse pour avril 2020. La Confédération ayant sous-estimé la complexité et la durée des audits nécessaires pour répondre aux exigences légales, l’ensemble des projets ont été reportés. La communauté CARA, à laquelle le Valais participe, a été certifiée conforme en avril 2021 (3ème communauté en Suisse sur la douzaine existante à avoir été certifiée, et la plus grosse à ce jour). Ensuite, la plateforme a été ouverte au public début juin 2021. La plateforme intercantonale étant enfin disponible techniquement, chaque canton peut terminer l’intégration avec ses partenaires locaux à son rythme.

Il faut savoir que pour accéder à un DEP un utilisateur (professionnel ou patient) doit disposer d’un moyen d’identification électronique (MIE) également certifié selon la loi. Ces certifications ont pris beaucoup de temps, et ont ralenti la mise en œuvre du DEP; le référendum sur la eID fédérale de mars 2021 a aussi induit des incertitudes dans ce secteur. C’est pourquoi, en attendant une arrivée potentielle de la eID fédérale d’ici quelques années, le canton du Valais a décidé d’offrir à ses concitoyens une SwissID de la société SwissSign, afin d’accéder dans un premier temps aux prestations de cybersanté, puis certainement de cyberadministration. Cette mise en œuvre est une mission supplémentaire à la charge du canton et également un des facteurs de retard dans le planning initial.

En outre, au-delà des soucis techniques de jeunesse du projet, il faut relever que le législateur, quand il a conçu la loi et les ordonnances entourant la mise en œuvre du DEP en Suisse, a mis deux principes au cœur de ses réflexions : la sécurité et le patient au centre. Exiger un niveau de sécurité très élevé est évidemment inévitable étant donné la teneur sensible des informations médicales. Mais il faut être conscient qu’exiger une sécurité plus élevée que ce qui se fait dans les banques implique d’une part des coûts importants laissés à la charge des cantons et d’autre part une augmentation du niveau de complexité du système et de son accès par les utilisateurs finaux. En outre, vouloir donner les pleins pouvoirs aux patients tant dans la gestion de leur DEP que des accès à ce dernier, implique que ces derniers aient un rôle actif, avec le risque que leur DEP reste inutilisable ou inaccessible s’il est mal configuré ou mal géré.

Il est donc vital d’avoir le meilleur accompagnement possible de chaque utilisateur afin de rendre l’expérience la plus simple et ergonomique ; mais il faudra encore un peu de temps pour que tout se mette en place correctement.

Qu’en est-il de l’adoption du DEP en Valais ?

Comme indiqué précédemment, le canton du Valais a décidé de mettre gratuitement à disposition de sa population des SwissID pour accéder à leur DEP. Pour ce faire, 4 guichets physiques vont être déployés dans un premier temps à travers le canton sur les sites hospitaliers de Martigny, Sion et Brigue/Viège (en alternance).

Ces guichets permettront d’effectuer le processus de vérification autorisant l’obtention d’une SwissID certifiée (niveau accepté pour le DEP), mais également offriront la possibilité d’ouvrir un DEP.

Ces guichets seront normalement opérationnels à partir de fin janvier 2022.

Il est également possible d’ouvrir un DEP en passant par le site web de CARA. Toutefois la possession d’une SwissID certifiée reste nécessaire. C’est pourquoi le canton du Valais est resté pour le moment discret en termes de communication autour du DEP en attendant d’avoir un dispositif complet pour accueillir au mieux ses concitoyens.

Découvrez la seconde partie de l’interview la semaine prochaine. Restez connecté !

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