L’hypoxie pour améliorer le cardio des paraplégiques

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Menée par la Clinique romande de réadaptation, l’étude clinique, HypoxiePara, soutenue par un Innobooster, est en cours. Cette dernière vise, dans un premier temps, à mettre en évidence les effets d’un entraînement d’endurance innovant, en hypoxie, versus un entraînement classique chez des personnes paraplégiques, non entraînées, ou avec une limitation de mouvement des membres inférieurs.

L’hypoxie est depuis longtemps reconnue pour l’amélioration des performances des sportifs d’élite. Quels seraient l’impact de cette approche auprès de personnes paraplégiques ? La difficulté, voire l’impossibilité, d’actionner la mobilité des membres inférieurs et l’utilisation déjà intensive de leurs bras, via notamment les déplacements en chaise, sont des facteurs limitants un entraînement d’endurance, dit « classique » (non hypoxique). Ce contexte amène à une moins bonne oxygénation sanguine et donc a des problèmes cardio-vasculaires possibles.

Aujourd’hui, l’étude de faisabilité, première étape pour débuter l’étude clinique pour valider les effets d’un entraînement d’endurance sous hypoxie auprès de paraplégiques, vient de démarrer. Ce projet est réalisé dans le cadre du Bachelor de Gaëtan Vallat, étudiant à la Haute Ecole fédérale de Sport de Macolin. Ce dernier a accepté de nous présenter ce projet, réalisé pour la Clinique romande de réadaptation.

Parlez-nous du projet HypoxiePara

On observe régulièrement chez les personnes paraplégiques des problèmes cardio-vasculaires liés à leur situation d’handicap : il est plus difficile de faire grimper leur rythme cardiaque du fait de l’immobilisation de leurs membres inférieurs (ndlr les plus gros muscules du corps sont inactifs, ou difficilement activables, chez eux). L’objectif est donc de réaliser un entraînement d’endurance, durant lequel, un stress supplémentaire est ajouté, l’hypoxie.

Nous débutons par une étude de faisabilité. Le but ?  Voir si un entraînement en hypoxie avec des personnes à mobilité réduite, sur un mois, est réalisable. Pourquoi ? Notamment parce que l’effet de l’altitude a des impacts spécifiques à ces patients : ils supportent moins bien cet état (hypoxique), que des personnes sans handicap. Cependant, l’hypoxie apporte aussi de précieux avantages. Elle déclenche un stimulus cardio-vasculaire plus intéressant que si la personne suivait un entraînement classique (sans environnement hypoxique).

A quelle phase de l’étude de faisabilité êtes-vous ?

Après quelques échanges avec le Dr Xavier Jordan, médecin responsable de l’unité de réadaptation en paraplégie au sein de la Clinique romande de réadaptation et répondant médical du projet, nous avons remarqué que les critères d’exclusion initialement déterminés étaient trop restrictifs et que nous n’avions pas la population suffisante pour mener l’étude. Après avoir élargi le groupe-cible, aujourd’hui le recrutement se poursuit . A ce jour, un patient a déjà réalisé tout le protocole.

Comment se déroule un entraînement ?

Toute l’étude se déroule à la Clinique romande de réadaptation (CRR). L’entraînement en endurance s’effectue sur 1 mois, 3 séances par semaine, à la CRR, à Sion. L’exercice se fait sur un vélo à bras. Le patient est amené à évaluer son effort. Pour cela, nous utilisons l’échelle de Borg qui mesure de manière quantitative la perception de l’effort durant un exercice physique. L’objectif est de se situer entre 12 et 14 durant l’entraînement.

Que pouvez-vous nous dire de plus sur les mesures effectuées durant l’entraînement ?

Au début et à la fin du protocole, nous réalisons un test VO2 max. A l’aide d’un masque, nous calculons le volume d’oxygène inspiré-expiré. Nous effectuons également des prises de lactate. Pendant l’entraînement, l’évolution de la fréquence cardiaque est suivie.

Comment avez-vous validé les protocoles utilisés ?

Le centre suisse des paraplégiques à Nottwil et la CRR avaient déjà établi certains protocoles ce qui m’a permis de ne pas partir de zéro. Je les utilise pour les tests de début et de fin (VO2 max). Les critères de la CRR me sont aussi utiles pour régler correctement les vélos à bras.

Que pouvez-vous nous dire sur les premiers résultats de l’étude ?

A ce stade, encore très préliminaire, nous avons déjà déterminé un point d’amélioration. L’une des contraintes majeures des participants à l’étude sont les déplacements réguliers jusqu’à la Clinique romande de réadaptation (CRR). Cela surcharge leur planning, souvent rempli par d’autres rendez-vous médicaux et le lieu évoque des souvenirs parfois difficiles pour eux. Cela peut être un frein à leur participation.

Concernant les effets de l’hypoxie sur les performances physiques, les résultats semblent prometteurs. Je vais traiter dans quelques semaines les dernières données reçues dans le cadre de mon Bachelor et nous pourrons alors tirer un bilan.

>> Aller plus loin sur le sujet :  découvrez quelques études publiées sur le sujet dans pubmed : 1 , 2

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