GLAUCOME : PREMIÈRE POSE DE L’IMPLANT L’EYEWATCH EN VALAIS !

Glaucome

Chaque mois, nous partons à la rencontre d’acteurs de l’écosystème de la santé valaisan et mettons en lumière les projets innovants qui font la médecine de demain. En collaboration avec l’EPFL, le réseau suisse d’ophtalmologie Swiss Visio a mis au point un nouveau dispositif pour le traitement du glaucome : l’eyeWatch. Le premier patient valaisan à bénéficier de ce dispositif novateur vient d’être opéré, à la Clinique de Valère à Sion, au début du mois. La Dre Ségolène Roemer, seule chirurgienne en Suisse formée pour poser cet implant, nous livre ici son regard sur cette nouvelle technologie et plus généralement sur l’innovation en médecine.

Conçu en collaboration avec le Prof. André Memoud, du centre Swiss Visio Montchoisi à Lausanne et la startup Rheon Medical, spin-off de l’EPFL, l’implant intraoculaire, eyeWatch, sert à ajuster à distance la pression intraoculaire, à l’aide d’un aimant dans le cadre du traitement du glaucome. Début mars, ce dispositif innovant a été posé pour la première fois en Valais. L’opération a été réalisée par la seule femme-médecin habilitée à pratiquer l’implantation d’eyeWatch, le Dre Ségolène Roemer qui a répondu à notre interview.

Résumez-nous, en quelques mots, votre parcours ?

Après des études de médecine en France, j’ai effectué ma formation en Suisse, à Lausanne, à l’Hôpital ophtalmique Jules Gonin entre 2014 et 2017. Puis, je suis retournée en France pour suivre un an de formation en chirurgie au Centre hospitalier national d’ophtalmologie des Quinze-Vingts, à Paris. En 2018, de retour en Suisse, je suis devenue cheffe de clinique à l’Hôpital ophtalmique Jules Gonin. Et en 2019, j’ai rejoint le réseau suisse d’ophtalmologie Swiss Visio pour suivre une formation plus spécifique sur le glaucome, médical et chirurgical.

Qu’est-ce qui vous a amené à utiliser l’eyeWatch ? 

Le glaucome est une maladie liée à une pression intraoculaire trop élevée. Pour la traiter, nous devons réduire cette pression.  La plupart des solutions vont permettre de faciliter l’écoulement du liquide intraoculaire. Mais le corps est bien fait, il va essayer de lutter contre une ouverture que l’on a induite chirurgicalement pour faciliter l’écoulement et induire une cicatrice, ce qui rend la plupart des chirurgies inefficaces après quelques années.

L’eyeWatch est un dispositif de type valve (découvrez le dispositif dans une vidéo explicative ci-dessous). Il se met entre l’intérieur de l’œil et l’extérieur de l’œil pour dériver le liquide intraoculaire (humeur aqueuse).

Video animation of the eyeWatch system – YouTube

La solution est innovante pour plusieurs raisons. Tout d’abord par sa structure intermédiaire (entre le tuyau et le plateau). Celle-ci est composée d’un roulement à billes, réglable à l’aide d’un aimant, qui permet de faire varier l’ouverture de manière plus ou moins importante. Le drainage de l’humeur aqueuse peut ainsi être ajusté. Ce type de réglage n’existe pas sur d’autres valves.

De plus, l’eyeWatch est un dispositif miniaturisé. Si on le compare à d’autres solutions semblables, elles sont plus imposantes. Le plateau de drainage est adapté à l’anatomie de l’œil ce qui le rend plus confortable pour les patients.

Y-a-t-il une différence dans la récupération ?

Oui clairement, la récupération est beaucoup plus rapide. Pour des chirurgies conventionnelles, il faut compter en moyenne 4 à 6 semaines de récupération. En comparaison avec l’eyeWatch, après 2 semaines maximum, les patients ont déjà récupéré leurs capacités visuelles !

Comment se déroule votre collaboration avec l’EPFL pour le développement de la solution ?

Durant toute la période d’étude, des ajustements ont été effectués régulièrement, à la suite de nos retours, pour améliorer le dispositif. Aujourd’hui l’eyeWatch a été évalué comme « non inférieur » aux solutions déjà existantes sur le marché. C’est-à-dire que la solution n’est pas dangereuse et que les résultats avec, sont aussi bien voire mieux. Nous avons déjà posé cet implant chez des patients à risque (jeunes patients, forte myopie) et ils vont bien. Donc les résultats sont très positifs. Nous avons même des patients qui arrivent en consultation et qui réclament l’eyeWatch en première intention ! On voit que pour le patient c’est un vrai bénéfice. À ce jour, nous sommes à 300 patients, porteurs de l’implant eyeWatch, dont 1 en Valais. 

Sur quels autres projets innovants travaillez-vous actuellement ?

Les dernières innovations en ophtalmologie tendent vers des chirurgies mini-invasives, efficaces tout en étant très peu délétères pour les tissus et vers de meilleurs moyens de dépistage pour éviter les interventions et prédire l’évolution de la maladie : Quand va-t-elle s’aggraver ? Chez quel type de patient ?

Actuellement, je travaille sur le développement de logiciels d’intelligence artificielle dans le glaucome, permettant d’établir des profils de patients à risque et anticiper la progression de la maladie. Nous n’en sommes qu’au début du projet, mais j’espère que je pourrai en dévoiler un peu plus prochainement.

Comment voyez-vous l’innovation en médecine, en tant qu’ophtalmo-chirurgienne ?

Je considère pour ma part que le but ultime du chirurgien, c’est de ne plus opérer ! Cela voudrait dire que la médecine a vraiment progressé. Plus les avancées dans la médecine se font, plus on tend vers du mini-invasif. In fine, l’idée est de mieux comprendre les maladies pour ne plus avoir à les opérer. Pour moi, la chirurgie doit être fait seulement en cas de nécessité. Les nouvelles technologies sont intéressantes en cela. On ne peut pas faire de la médecine contemporaine si l’on ne s’intéresse pas à l’innovation.

Être femme ophtalmologue c’est …

C’est plus compliqué, mais on y arrive : la preuve est là ! Tout d’abord, je vois la différence dans le relationnel. J’avais déjà remarqué que j’avais beaucoup de femmes qui venaient en consultation, car elles avaient l’impression de ne pas toujours être entendues. En effet, peut-être que les anciennes générations (majoritairement des hommes) étaient moins sensibles à des choses qui vont tracasser les femmes, par exemple les yeux secs ou les problèmes de paupières. J’ai l’impression d’établir une relation de confiance un peu différente de celle qu’elles avaient avec d’autres praticiens.

Pour ce qui est de discuter des meilleures solutions pour leurs problématiques, mes patientes (femmes) sont généralement assez à l’écoute des solutions proposées. Pour mes patients-hommes, je dirais qu’il y a deux catégories : la première, les « Est-ce qu’elle sait de quoi elle parle ? » et les autres qui me font confiance. Dernièrement, j’ai eu un patient qui m’a fait le plus beau compliment, il m’a dit : « J’aimerais que ça soit vous qui m’opériez. Parce une femme dans le monde actuel doit lutter trois fois plus pour montrer qu’elle fait aussi bien, elle est donc forcément meilleure ! ». Je pense aussi que les femmes vont faire beaucoup plus attention à ne pas faire d’erreur, car elles seront beaucoup plus vite jugées !

>> Où retrouver la Dre Roemer : La Dre Roemer exerce dans le centre Swissvisio de Martigny (VS), Swiss Visio Montchoisi à Lausanne (VD). Plus d’information et prise de rendez-vous ici

>> En savoir plus sur le glaucome : explication de la Dre Ségolène Roemer

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